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Un espace-temps : l’Allemagne des années 1960-1970, coincée entre un
présent lourd du nazisme et une vague de contestation qui explosera en mai
1968. Après l’essoufflement des révoltes estudiantines, l’insurrection se
scinde en deux camps : le camp de ceux qui continuent de croire à la
mobilisation par les mots, à l’affrontement non-violent et le clan de ceux
qui, déçus par l’impuissance des soulèvements pacifiques, en appellent à la
lutte armée. La tentative d’assassinat de Rudi Dutschke, l’impasse de
l’Opposition extra-parlementaire, la RFA servant de base aux opérations de
l’armée américaine menées contre le Nord-Vietnam, la maintenance d’anciens
nazis aux postes-clés de l’État sont autant de catalyseurs d’un passage à la
guérilla pour ceux qui créeront la Fraction armée rouge, au nombre desquels
Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Ulrike Meinhof. Centré sur la voix d’Ulrike
Meinhof, ce récit retrace le combat pacifique qu’elle mena plus de dix ans
en tant que journaliste avant de délaisser l’arme du langage pour le langage
des armes. La trajectoire d’Ulrike Meinhof dressée ici entend mettre en
lumière ce point de bascule : l’abandon de la résistance par la plume, par
le verbe au profit d’une logique de la clandestinité.
Dévoiler le fascisme latent de la société allemande pour le renverser
: le but que s’impartit la RAF et les moyens qu’elle mit en œuvre à cette
fin enclencha une chasse à l’homme sans précédent qui aboutit à
l’arrestation de la quasi-totalité des membres de la première génération et
à leur mort suspecte en prison. À l’escalade répressive du côté de l’État
répondra une spirale de la violence du côté de la nouvelle génération des
militants. Sous la forme d’un journal d’Ulrike Meinhof, ce texte interroge
les acteurs des années de plomb, leurs faits et gestes, leurs espoirs, leurs
limites, leurs errances. Et, dans la bouche d’Ulrike, il fera comparaître
d’autres voix révolutionnaires radicalement dissemblables dans leur manière
de résister à l’oppression : Rosa Luxemburg, Netchaïev, Thomas Münzer et
Antigone.